Qu’entend t-on par « supervision » ou « analyse des pratiques professionnelles » ?
Ces deux nominations qui sont celles qui sont les plus souvent employées dans les institutions et par les professionnels des secteurs qui y ont recours, relèvent chacune de dispositifs qui sont particulièrement hétéroclites dans leurs références, leurs finalités, leurs modalités, comme dans leurs champs d’application. Elles sont donc problématiques en tant que nominations, tout comme celle de la personne intervenant dans ces dispositifs. Ces questions de nomination seront reprises dans nos travaux, afin de tenter de proposer des nominations plus satisfaisantes.
Pour ces raisons, en proposer une définition, pour ceux qui n’ont pas idée de ce qu’elles désignent, comme pour ceux qui en ont l’expérience, relève donc d’un parti pris qui ne prétend aucunement être représentatif, mais vise uniquement à délimiter, sauf dispositions particulières qui seront à préciser, ce dont nous parlons dans les analyses et les élaborations théoriques, présentes sur ce site, quant aux processus et aux effets produits par ces dispositifs.
Ce que nous entendons par ces deux nominations qui sont à la fois distinctes, mais souvent entendues comme synonymes, c’est qu’il s’agit de séances « d’élaboration clinique » auprès de plusieurs professionnels d’une même équipe ou d’équipes différentes, exerçant la même profession ou des professions différentes, au sein d’une institution ou de plusieurs institutions ayant pour objet le soin psychique, l’éducation, l’accompagnement social ou l’encadrement. Autrement dit, des métiers et des pratiques dont la modalité première est la parole. Ces séances sont régulières dans leur rythme comme dans leur durée et se déroulent le plus souvent sur plusieurs années. Elles sont le plus souvent animées par un intervenant qui est extérieur aux institutions qui prennent en charge ces dispositifs. Ces séances relèvent d’un pacte qui garantie la confidentialité de la parole de chacun.
« Elaboration clinique » signifie qu’il s’agit au cours de ces séances qu’au moins un professionnel partage avec le groupe et l’intervenant, une expérience singulière dont il souhaite parler et dont il attend une écoute et une lecture (déchiffrage). C’est parce qu’elles peuvent être autres qu’elles sont susceptibles de déplacer, au cas par cas, les « automatismes de répétition » en cours dans les pratiques de ces professionnels.
Il s’agit donc d’un processus de « déplacement » qui n’est jamais acquis, toujours à renouveler, toujours singulier, et qui est à la mesure des points de butée, des impasses, rencontrés par les professionnels dans l’exercice de leur métier ; autrement dit, dans la rencontre de l’autre pour autant que cet autre relève d’un réel jamais saisissable, toujours échappant.